Veljo Tormis (*1930) rend toute leur vigueur et leur fraicheur aux liens qui unissent les Baltes à la Finlande, avec ses chants choraux, fruit de plus de trente années de travail sur le matériau populaire de son pays, dont l'arrière fond est le Kalevipoeg, l'épopée nationale estonienne. La répétitivité est le matériau de base de ces chants auxquels Tormis apporte de nouvelles couleurs en modifiant sans cesse la texture du choeur qui a ici une valeur communautaire autant qu'instrumentale : ainsi sommes nous transportés sur la mer, dans la forêt, à un mariage, devant une tombe, un peu comme, mais avec moins de véhémence , avec le Stravinsly des Noces. Plus net encore dans le Litany to thunder, le vivant lien musical entre l'Estonie moderne et le chamanisme pré-chrétien. La fraîcheur de cette musique et son apparente simplicité évoquent un monde tout à la fois lointain et présent, Tormis s'efforçant de conserver aux mélodies traditionnelles leur authenticité en limitant sa contribution à la création d'un environnement sonore adapté : un univers qui nous fait entendre d'émouvant chants runiques ( "Les oies perdues", "Comment reconnaître ma patrie, " pour deux sopranos et pianos, "l'enfance du chanteur" pour choeur de femmes), des ballades comme "l'évêque et le paien" pour soliste et choeur d'hommes, ou des chants plus vastes tels que "le fer maudit" pour ténor basse, choeur mixte et tambour chamanique, dont l'ostinato et les incantations poétiques retrouvent l'ampleur des rites paiens d'appropriation dont le Choeur de chambre philharmonique d'Estonie, dirigé par Tonü Kaljuste, restitue la puissance magique.
Richard Millet