L'orchestre de PARIS sera t'il à même de supporter la charge financière de la salle PLAYEL ? on peut en douter au vu des chiffres officiels fournis.
Extrait du RAPPORT LARQUIE
voir le site du Ministère de la Culture
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LA SALLE PLEYEL
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22. Depuis 1927, la salle Pleyel est, avec ses quelques 2300 places, la seule salle de concert qui puisse être identifiée à un auditorium pouvant accueillir sur son plateau une grande formation symphonique, avec ou sans choeur. Depuis son ouverture, cette salle a su trouver sa place dans le paysage parisien, où, de fait, ses caractéristiques lui confèrent une situation de quasi-monopole.
Outre la grande salle, le site de Pleyel comprend également deux salles plus petites : la salle Chopin (470 places) et la salle Debussy (110 places), des studios de musique, de danse ou d'art dramatique qui sont loués, ainsi que des appartements, des bureaux et des commerces.
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23. Il faut pourtant constater que cette salle, au nom emblématique, n'a jamais été reconnue comme l'une des salles de référence de la vie musicale, et les professionnels interrogés soulignent tous les faiblesses qui la caractérisent :
· Son acoustique ne saurait être considérée comme réellement satisfaisante. Notamment, pour les spectateurs, les pupitres de cordes paraissent " mates ", et les cuivres tendent à écraser " le quatuor ".
Ce problème paraît lié à la conception même de la structure de la salle. Savoir si, au prix de quelques aménagements, cette situation peut être substantiellement améliorée, relève d'un pari, toujours aléatoire en la matière.
· Les conditions d'accueil d'un orchestre " en résidence " y sont précaires. Le site n'offre actuellement ni lieux de répétition autres que la salle elle-même, ni loges, foyers et cafétéria, acceptables pour des ensembles susceptibles d'y vivre et d'y travailler de manière permanente. Or, le problème de la résidence est un problème essentiel qui sera développé ci-dessous.
A ces premières considérations, ajoutons que les conditions d'accueil du public n'y sont pas satisfaisantes :
· Malgré les travaux effectués en 1981, la salle a vieilli ; la décoration de la salle elle-même, certes améliorable, apparaît aujourd'hui bien triste, et son confort très relatif. · La configuration même de son hall d'accueil, peu ouvert sur le quartier, n'y rend guère facile l'organisation d'une animation attractive permanente.
· Enfin, sa localisation, certes à proximité des Champs-Elysées, la situe néanmoins dans un quartier peu animé, et surtout excentré par rapport à la vie musicale et culturelle de la capitale.
Significatif de cette situation, de nombreux orchestres étrangers de passage à Paris, et leurs chefs, ainsi d'ailleurs que les producteurs, préfèrent organiser leurs concerts, ou leurs récitals, au théâtre des Champs-Elysées, malgré une jauge sensiblement inférieure (environ 400 places de moins) pour un prix de location équivalent (de l'ordre de 100.000 F. hors taxes).
La salle de la cité de la musique, elle-même fréquemment sollicitée, est amenée à limiter à un maximum de 3 à 4 par an le nombre des concerts de grandes formations (Cleveland, LSO, ..) : les recettes d'une salle de 1000 places au grand maximum, même pleine, sont évidemment insuffisantes, pour couvrir les frais engagés.
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24. Par ailleurs, les modalités nouvelles de gestion de la salle fragilisent, à terme la présence de l'orchestre de Paris, dont c'est pourtant le lieu de résidence.
La salle est, depuis 1937, restée la propriété, directe ou indirecte d'une grande banque publique, le Crédit Lyonnais, qui, dans un esprit de mécénat, se contentait de niveaux de rentabilité modestes.
En effet, l'usage de ces lieux, protégé par les dispositions de l'ordonnance sur les spectacles de 1945, a eu pour conséquence des revenus faibles si l'on s'en tient aux niveaux habituels de rentabilité de l'immobilier à Paris.
Toutefois, le Crédit Lyonnais, ou la structure en charge de l'exploitation de la salle, n'a pas souhaité se conduire en véritable acteur de la vie culturelle, - en partie par crainte de devoir gérer les problèmes d'assurance sociale des artistes se produisant dans la salle -, et Pleyel est restée jusqu'à présent, pour l'essentiel, un lieu d'accueil, loué à des producteurs indépendants.
Le site se caractérise ainsi par un léger équilibre de gestion, de l'ordre de 1 million de francs par an et ce, compte tenu d'une utilisation à peu près maximale des espaces existants (sauf sans doute des deux petites salles) et de frais de gestion très réduits.
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25. Ce n'est qu'en 1981, après des travaux de réaménagement, que l'orchestre de Paris s'y est installé.
Si on reprend les chiffres de 1996, le chiffre d'affaires de la salle Pleyel s'élevait à environ 25 millions de francs : les salles proprement dites généraient près de 18 millions de recettes, les studios, 3 millions, les autres locaux (appartements, bureaux et commerces) également.
Au niveau des recettes, l'orchestre de Paris apportait environ 5 millions (y compris la location de ses bureaux pour un montant de 600.000 F), et Radio-France, 2,3 millions (cf. annexe). Compte tenu de l'augmentation du nombre des concerts, en 1998, le coût pour l'orchestre de Paris de sa présence à Pleyel s'élève à 6 millions de francs.
Son bail prévoit en effet qu'à partir de 56 concerts, il verse une location supplémentaire de 90.000 F par concert (qui inclut le concert proprement dit et 5 répétitions dont la générale).
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26. L'absence de projet artistique, ayant pour conséquence de réduire son rôle à une fonction d'accueil, explique qu'au fil des ans, Pleyel a été plongée dans une maladie chronique d'identité : absence d'image, incapacité à définir des relations claires avec l'orchestre résident qui intervient pour plus de 20 % dans son chiffre d'affaires.
Il en résulte que les deux partenaires, qui n'ont jamais su construire des relations autres que de propriétaire à locataire, sont victimes, l'un et l'autre, de cette situation, dans laquelle leurs images respectives sont illisibles.
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27. Faut-il, dès lors, regretter que l'Etat et/ou la ville de Paris (dont la part dans la subvention est de l'ordre de 40 %), n'aient pas réussi à acquérir la salle lorsqu'elle a été cédée par le consortium de réalisation à la fin de 1997 ?
Compte tenu des fonctions remplies par l'ensemble Pleyel, faut-il regretter que le Crédit Lyonnais, entreprise publique, l'ait versé dans le portefeuille du consortium de réalisation (CDR) sans que les pouvoirs publics n'aient su, ou pu, à l'époque, en préserver le caractère public ? Ce transfert étant acquis, l'objectif du consortium était de maximiser le produit de la vente.
Alors que les estimations, qui ont été faites compte tenu de l'affectation, protégée, de la salle, et de ses conditions d'exploitation, étaient de l'ordre de 30 millions de francs, le prix de cession finalement atteint tourne autour de 50 millions.
Enfin, compte tenu des différentes faiblesses signalées ci-dessus : l'acoustique, les conditions de travail offertes aux artistes, et les conditions d'accueil du public, des travaux devaient être prévus, pour un montant sans doute supérieur à 50 millions de francs.
Il fallait donc prévoir un investissement total de l'ordre de 100 millions de francs, dont l'Etat et la ville auraient pu se partager la charge.
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28. Engagé dans d'autres opérations ou fin d'opérations, et notamment dans l'acquisition du centre culturel américain, avec l'intention, confirmée par la ministre, d'y installer le musée du cinéma, l'Etat, notamment le ministère de la culture, n'a pas pu participer à l'acquisition de la salle.
Dès lors, il s'était engagé à prendre en charge les travaux de rénovation nécessaires, si la ville de Paris se portait acquéreur. Toutefois, il apparaît qu'in fine, cette dernière en soit restée à une confirmation de ses intentions trop imprécise. Le prix finalement atteint, très supérieur à ce que les services d'évaluation estimaient justifié, comme la situation juridique qui imposait l'acquisition d'une société, faisaient qu'en tout état de cause, les repreneurs publics partaient avec un handicap certain, que seule la conjugaison des volontés politiques aurait pu surmonter.
Cela n'a pas été le cas. Au vu des caractéristiques de cette salle, faut-il le regretter ? Il n'est pas certain, en effet, que malgré les travaux envisagés, cette salle aurait pu trouver une nouvelle jeunesse et répondre, totalement et de manière définitive, aux besoins, tels qu'ils seront précisés ci-dessous.
On peut aussi se demander si l'orchestre de Paris, en termes artistiques, y aurait durablement trouvé son compte. Sans doute, peut-on émettre l'hypothèse que, pour environ 100 millions de francs (acquisition et rénovation), l'orchestre de Paris aurait disposé d'un lieu qu'il aurait pu provisoirement considérer comme sien.
A terme, la construction d'une nouvelle salle, largement financée par la revente de Pleyel libérée des contraintes de l'ordonnance de 1945, et pouvant dès lors dégager une recette de l'ordre de 300 millions de francs, aurait pu être envisagée.
Mais cela supposait que la transformation de la vocation de Pleyel et son éventuelle démolition puissent être considérées comme politiquement acceptables, ce qui est loin d'être assuré.
Enfin, la vie musicale à Paris (et notamment la présence de trois grandes formations symphoniques permanentes), comme la nature des équipement qu'elle propose, font qu'en tout état de cause, il n'est pas certain que Paris aurait pu, durablement, se contenter d'un seul auditorium.
L'acquisition de Pleyel ne constituait pas en soi une réponse appropriée à l'ensemble des problèmes posés.
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29. Pour autant, la salle a, aujourd'hui, été reprise par un repreneur privé, qui entend développer une politique artistique d'ensemble, et envisage, pour ce faire, d'entreprendre une rénovation partielle du site.
Selon les informations recueillies, et en l'attente de la fixation du programme définitif de travaux, qui devraient être réalisés à compter de la fin du premier semestre de l'année 2000 (probablement en deux tranches permettant d'éviter une fermeture durant une saison complète), il s'agirait de :
· l'amélioration des locaux d'accueil du public, avec la création d'un véritable foyer, et l'augmentation des surfaces susceptibles de recevoir des commerces, assurant l'animation du lieu, et sa capacité à générer des revenus ; · l'amélioration des locaux artistiques (loges, stockage, cafétéria...)
· la création d'une salle pouvant accueillir 500 spectateurs par le regroupement des volumes des salles Debussy et Chopin. Il ne semble pas, en revanche, envisagé d'intervenir dans l'immédiat sur l'acoustique ainsi que sur la décoration et le confort de la salle (ce qui supposerait sans doute d'en réduire la jauge).
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30. Il ne nous appartient pas de porter de jugement sur les choix effectués par les tutelles, lors de la cession, ni sur les orientations maintenant affichées par le repreneur.
Constatons simplement que la salle Pleyel a clairement quitté la sphère publique. Trois questions se posent néanmoins :
· Sera-t-elle jamais adaptée aux besoins de la vie symphonique parisienne ? Pour des raisons qui tiennent aux conditions acoustiques, à sa localisation et à sa configuration même qui pèse sur les conditions d'accueil, il est permis d'en douter.
· La volonté des nouveaux propriétaires de mettre en oeuvre une politique artistique spécifique, ne risque-t-elle pas de contrarier le bon fonctionnement de l'orchestre de Paris et surtout de s'opposer à la mise en oeuvre d'une politique de présence de cette formation, allant au-delà du simple concert ? En tout état de cause, ne risque-t-on pas de retrouver, dans ce contexte nouveau, un problème de cohérence d'image entre la salle et l'orchestre ?
· Enfin, la protection de l'affectation du lieu comme salle de spectacle, et plus précisément l'existence même de l'auditorium actuel, garantie par l'ordonnance de 1945, semble être juridiquement moins assurée que ce que l'on pourrait croire.
En effet, ne risque-t-on pas de voir un jour remis en cause un dispositif ancien (une ordonnance prise en 1945), qui impose à un propriétaire des obligations sans que les pouvoirs publics n'apportent de réelle compensation ?
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31. Sans doute, le propriétaire a-t-il besoin, pour des raisons d'équilibre financier comme pour des raisons d'image, d'un orchestre en résidence.
L'orchestre de Paris lui rapporte 6 millions de francs, et à terme, compte tenu des travaux envisagés, il n'est pas exclu que ce loyer fasse, en 2002, l'objet d'une demande de revalorisation.
Mais en réalité, l'orchestre de Paris n'est pas le seul susceptible de s'installer à Pleyel, les deux orchestres de la Radio sont, eux aussi, à la recherche d'une salle leur offrant de bonnes conditions de travail et leur permettant surtout de valoriser leurs qualités.
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32. Enfin, la cohabitation, dans un lieu comme Pleyel, entre un propriétaire privé désireux de conduire une politique artistique autonome et une institution musicale publique, comme l'orchestre de Paris, dont les missions auront à se diversifier, semble dès aujourd'hui très délicate.
Il ne s'agit pas de contester, en quoi que ce soit, les droits du repreneur, ni la légitimité de ses ambitions. Mais cette situation signifie, pour l'orchestre de Paris, le maintien, voire le renforcement, de contraintes lourdes pesant sur la mise en oeuvre de ses propres ambitions et sur la lisibilité de sa politique.
Dans la période difficile qu'il traverse aujourd'hui, il faut en prendre acte : c'est la place de l'orchestre de Paris parmi les grandes phalanges internationales qui est ainsi en cause.