Extrait de la dépêche de l'éducation
Un choeur d'élite en ZEP pour "tirer vers le haut" un quartier La Maîtrise de Radio France, très sérieux choeur d'enfants du 16e arrondissement de Paris, a ouvert en septembre une antenne en Seine-Saint-Denis.
En quelques mois, "le virus a pris" à Bondy, où l'évolution des enfants est suivie avec attention. Dans les quartiers Nord de Bondy, tristes et gris, il est une école primaire sortie de terre en 2007 aux couleurs acidulées et à la sonnerie musicale, où une classe de CE1 prend joyeusement quatre fois par semaine son cours de "choeur tutti": Olympe de Gouges.
Dans l'auditorium bleu et mauve de l'école, les 23 petites chaises disposées en arc devant le piano à queue sont prises d'assaut par Rahma, Bilal, Sylvestre, Kadiatou... 8 garçons et 15 filles, de 7 et 8 ans, d'une douzaine d'origines. Au signal de leur chef de choeur: "imaginez que vous êtes dans votre lit", les enfants vocalisent à l'unisson en s'étirant. Les visages s'illuminent, les jambes frétillent, deux fillettes dansent. En quelques minutes, la classe mémorise les savants couplets de la chansonnette du jour.
Au piano, Morgan Jourdain accompagne de compositions mélancoliques et douces sa bouillonnante portée d'enfants. Ces enfants "très dans la vie et mobilisés" connaissent une "évolution merveilleuse", "le virus a pris", souligne le directeur de l'école, Yannick Saint-Aubert. Sélectionnés parmi 135 volontaires, pour leur personnalité et leurs capacités vocales, ces enfants reçoivent sur le temps scolaire des cours de chant choral, formation musicale, technique vocale et piano. Chaque année, une nouvelle classe sera formée.
Dans quatre ans, les premiers pourront intégrer la Maîtrise ou poursuivre une scolarité classique. "Tout l'enjeu pédagogique est de démontrer qu'avec 8 heures en moins, ils en apprendront autant, que cet enseignement va être un levier aux apprentissages", explique M. Saint-Aubert.
L'objectif est de "montrer que l'on peut arriver à l'excellence, qu'il n'y a pas de fatalité culturelle". Le projet "a l'ambition de tirer vers le haut les quartiers Nord", renchérit le coordinateur de Radio France Anis Barnat, dont le bureau, dans l'école, est connu des 250 élèves. "Ici, les enfants ont des rêves", s'enthousiasme M. Barnat, "ils ont les défauts de leurs qualité: une force à canaliser". Nesrine, Nour et Oumou, fans de R'n'B et d'Amel Bent, se voient "chanteuses".
Depuis qu'il est allé à un concert à la salle Pleyel à Paris, Erico, lui, veut être "contrebassiste" car il "aime les instruments plus gros que les autres". Au bout de cinq mois, l'institutrice est épatée par "les capacités de mémorisation" de sa cohorte. Sandrine Palagonia espère que le travail individualisé en petits groupes "leur fera gagner beaucoup en autonomie".
Une universitaire de Nanterre a commencé à étudier l'impact de cet enseignement peu banal. Pour Asvitha, une Srilankaise arrivée en septembre 2006 en France, les résultats sont "flagrants", rapporte l'institutrice. Non-francophone, la fillette devait être maintenue en CP.
"Elle a appris la syntaxe en chantant. Même si elle a encore un déficit de vocabulaire, ce n'est plus une élève en difficulté". Déjà aussi connus que "Les petits écoliers chantants de Bondy", chorale fondée en 1945 et sollicitée sur les plus grandes scènes de variétés, les élèves d'Olympe de Gouges chanteront une première fois pour leurs parents et le quartier le 16 février.
Compte-tenu "de l'émulation créée dans l'école et dans la ville", entretenue par le conservatoire municipal, le maire PS Gilbert Roger rêve maintenant à "un festival choral" à Bondy.