Stage de chant choral en Ariège : un chœur qui marche !
Localisé dans la commune ariégeoise de Massat (30 km de Saint-Girons), qui ne compte guère plus de 600 habitants, le stage « Massat Musique Montagne » a, encore une fois pour sa 26ème session, enchanté son public mais aussi ses participants, comme en témoigne le présent commentaire, qui n’a pour ambition que de mieux faire connaître ce stage à travers une vision personnelle, qui se veut toutefois la plus objective possible.
Le principe de cet évènement est de réunir des chanteurs de tous horizons ayant déjà une expérience de choristes. De fait, les cultures étaient très variées puisque, en dehors de chanteurs français venant des divers coins de l’hexagone, cette session a accueilli des suisses, une irlandaise et une marocaine, qui a d’ailleurs importé la formule du stage à Marrakech. La première qualité qui a frappé, après à peine deux jours de stage (la durée totale étant de deux semaines) était la cohésion du groupe et l’ambiance à la fois sérieuse dans le travail et très détendue et chaleureuse en dehors.
Ces qualités ont d’ailleurs été renforcées par un autre attrait du stage : à Massat, on fait de la musique, mais aussi de la montagne. Durant les deux semaines de stage, trois ou quatre journées sont habituellement consacrées à la randonnée, deux itinéraires différents étant à chaque fois prévus en fonction des aptitudes physiques de chacun. Outre le fait de pouvoir admirer isards et gypaètes en compagnie de sympathiques accompagnateurs, ou pour les plus téméraires de pouvoir se baigner dans quelque lac bordant le GR 10, ces randonnées ont eu un effet indéniable sur les relations humaines dans le groupe qui s’est ressenti sur les prestations musicales, en accélérant l’installation d’une capillarité sonore qui ne s’acquiert en temps normal qu’avec beaucoup de temps.
Cette année, le programme choral portait sur la messe en do mineur opus 147 de Robert Schumann, dite Missa sacra dans sa version avec orchestre (le compositeur a lui-même écrit une version pour orgue), En complément le Verleih uns Frieden et l’un des Sechs Sprüche (celui écrit pour le jour du Vendredi Saint) de Mendelssohn ont, sous leur apparente simplicité, donné du fil à retordre aux chanteurs et au chef. Le programme des journées est traditionnellement chargé à Massat. On y répète même dès le retour des randonnées : c’est « traditionnel ».
Mais il faut dire que, en comptant les jours de marche et de concerts, le temps effectif de répétition n’est plus que de huit jours environ, ce qui est assez restreint pour monter un programme et surtout forger une identité sonore avec des chanteurs de niveaux différents et qui ne se connaissent pas. Pour relever ce défi, la direction du stage avait fait appel à deux musiciens talentueux. La direction musicale avait été confiée au chef de chœur Geoffroy Jourdain (qui dirige les Cris de Paris, et co-dirige le Jeune Chœur de Paris ainsi que le Chœur de l’Orchestre de Paris), ardent défenseur de la messe de Schumann, qu’il avait donnée dans sa version pour orgue avec les Cris de Paris et Jean-Baptiste Robin en 2006 à la salle Olivier Messiaen de la maison de la Radio : loin de se contenter de diriger le chœur, celui-ci devait en plus diriger l’Orchestre de chambre de Toulouse augmenté de quelques vents, qui a rejoint Massat deux jours avant les concerts.
Afin de mener à bien ce projet, il était assisté du discret mais non moins brillant Vincent Bénard, organiste et pédagogue en Normandie : assurant la fonction de répétiteur qu’il affectionne particulièrement, ce dernier a aussi effectué un travail approfondi avec le pupitre de basses, auquel il s’est joint pour les concerts. La messe pose diverses questions en matière d’interprétation : si l’œuvre fait d’innombrables références au passé, et notamment à Bach que le rhénan admirait tant, c’est aussi une partition qui regarde résolument vers l’avenir. Brahms s’en souviendra peut-être lorsqu’il écrira sa missa canonica (op. posth.) : pour s’en convaincre, on comparera les deux Sanctus… le procédé de fongibilité des timbres y est utilisé à l’identique.
Pour les trois concerts de fin de stage, le chef adopta une direction sans maniérisme et des tempi assez vifs, tout en ne négligeant pas de faire goûter la dimension romantique l’oeuvre. Le premier faisait office de concert d’ouverture des Schubertiades de Saint-Lizier dans la cathédrale où le public s’était déplacé en nombre : un concert d’assez belle facture (l’Offertorium, confié au pupitre de soprano était un modèle d’homogénéité et d’une profonde humanité) durant lequel le chef n’a pas manqué de tester ses troupes pour vérifier la marge de manœuvre dont il disposait.
Le deuxième s’est déroulé dans l’acoustique inconfortable de la cathédrale de Mirepoix, décidément peu propice à la pratique collective de la musique (les instrumentistes qui ouvraient les concerts avec la très fraîche Symphonie pour cordes n°10 de Mendelssohn en ont eux aussi souffert). Le sommet du stage a assurément été le dernier concert donné en l’église de notre lieu de villégiature. Un orchestre en bien meilleure forme que lors des deux précédentes prestations (dans la messe, mais surtout dans le Verleih uns Frieden, d’une belle ferveur ce soir là), un chœur concentré et très réactif aux demandes du chef qui a assuré avec brio la direction de l’ensemble des exécutants : tels furent les ingrédients de cette belle soirée. Celle-ci s’est poursuivie par une nuit festive dans la chapelle à l’entrée du village avec croustades et cidre, durant laquelle ont été entonnés divers succès tels Mexico avec un pupitre de ténors fatigué mais néanmoins vaillant, ou encore quelques incontournables de Piaf, qui ont alterné avec des danses traditionnelles irlandaises.
Resté jusqu’au petit matin, le maestro a été remercié par les choristes avec un improvisé et émouvant « Adieu, monsieur le Professeur » lancé très à propos par…une institutrice. Non pas adieu, non pas adieu mais au revoir, comme aurait dit la Grande Duchesse au départ de son fameux régiment, car le maître est encore jeune, et tous espèrent que sur l’estrade de Massat, bientôt, il remontera.
Julien DUBARRY