Accentus / Ars Nova
L. Equilbey / P. Nahon
Accentus
Ensemble Ars Nova
Laurence Equilbey direction
Philippe Nahon direction *
Anton Bruckner
Equales pour trois trombones n° 1
Motets pour choeur a cappella
Equales pour trois trombones n°2
Olivier Messiaen
O Sacrum Convivium
Couleurs de la Cité céleste
Entracte
Anton Bruckner
Messe en mi mineur
Après de nombreux remaniements, la Messe en mi d’Anton Bruckner (1866)
fut jouée dans sa version définitive à l’occasion des célébrations du centenaire du diocèse de Linz, en 1885. Le compositeur la dédia à l’évêque de la ville, Franz Joseph Rudigier, qui admirait sa musique ainsi que celle de Palestrina.
De fait, avec ses entrées fuguées et ses canons, avec sa grandiose austérité et ses emprunts au chant grégorien, c’est tout autant la Renaissance que l’expressivité dépouillée et audacieuse du Via crucis de Liszt qu’évoque ce chef-d’oeuvre.
Lui font écho, chez Messiaen, le motet O Sacrum Convivium (1937), une méditation aux rythmes élastiques, et les Couleurs de la Cité céleste.
Anton Bruckner
Messe n° 2 en mi mineur, pour chœur à 8 voix mixtes et instruments à vent
Kyrie. Feierlich (majestueux)
Gloria. Allegro
Credo. Allegro moderato
Sanctus. Ruhig, mehr langsam (calme, plus lent)
Benedictus. Moderato
Agnus Dei. Andante
Composition : 1866 (daté du 25 novembre).
Dédicace : « Dédiée avec le plus grand respect à Sa Grâce Épiscopale, Monseigneur Franz Joseph Rudigier, prélat de la maison de Sa Sainteté le Pape, assistant au trône, patricien de la Ville de Rome, Commandeur de l'Ordre impérial autrichien Leopold, membre permanent de la Diète régionale de Haute-Autriche, vicaire à la Cour impériale et royale, etc. »
Création : le 25 septembre 1869 sur la place de la cathédrale de Linz sous la direction du compositeur ; première
exécution en concert le 17 mars 1899 à Vienne sous la direction de Neubauer.
Effectif : 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors. 2 trompettes. 3 trombones.
Durée : environ 40 minutes.
En 1854, le pape proclamait le dogme de l'immaculée conception. Très vite, l'évêque du diocèse de Linz, Franz Joseph Rudigier, projeta de faire bâtir une nouvelle cathédrale dédiée à la Vierge Marie. Dès 1862, les travaux débutaient sous la direction de l'architecte Vincent Statz. Sept ans plus tard, la chapelle votive était consacrée. À cette occasion était donnée, après vingt-huit répétitions (!). une Messe en mi mineur de Bruckner, commandée par l'évêgue quelques années plus tôt. Une messe dont la dédicace - certes assez pompeuse - plut sans doute puisque l'homme d'Église octroya à Bruckner des honoraires de 200 florins, les plus élevés de toute sa carrière, et invita le musicien au banquet solennel. Une reconnaissance évidemment suivie de nouveaux remerciements de Bruckner : « L'une des plus hautes distinctions me fut accordée avec l'autorisation de dédier à Votre Grâce Épiscopale ma messe de consécration à huit voix... Acceptez pour cela ma gratitude éternelle. » L'œuvre connut un grand succès et son auteur n'hésitait pas à dire que le jour de cette première avait été le plus beau de sa vie. Elle ne devait pourtant être que rarement donnée par la suite, sinon pour le jubilé du diocèse en 1885.
S'inscrivant dans la grande histoire de la musique sacrée en citant, au début du Sanctus, une Missa brevis de Palestrina - compositeur qu'admirait également Franz Joseph Rudigier -, cette messe s'opposait au mouvement cécilien qui œuvrait pour la suppression des instruments au sein de la liturgie, tantôt livrant aux vents des lignes indépendantes et indispensables à l'édifice contrapuntique, tantôt ne leur accordant qu'une fonction presque facultative du point de vue de l'écriture, mais saisissante au niveau de l'effet produit. En fait, cette messe fait surtout preuve d'une très forte personnalité, avec cette capacité si brucknérienne à dilater le temps jusqu'à en effacer le cours. Ainsi les harmonies du Kyrie, aussi merveilleuses qu'imprévisibles, si belles que notre attention sera bien vite détournée des préoccupations religieuses. Le destin de cette messe rejoignit celui de la cathédrale : l'évêque étant mort en 1884, le manque d'argent retarda la poursuite de sa construction et le peuple de Linz dut attendre 1924 pour découvrir l'édifice achevé. Une attente qui paraît presque brève si l'on se souvient que la partition de Bruckner dut attendre 1952 pour être entendue par Pie XII à Rome.
François-Gildas Tuai